Sociologue de l’art et habitant à Paris, l’auteur, Kalliopi Papadopoulos, mène  avec  un enthousiasme  certain depuis 2008, des travaux de recherche portant sur l’art contemporain chinois.

http://voixdasie.com//soyummy.swf

Déçue par le refus d’une bourse auprès du CNRS,  elle choisi délibérément  de prendre le  statut de chercheuse indépendante en Chine et abandonne le statut et la tranquillité de chercheuse-enseignante en France.

Après un voyage exploratoire d’un mois à Pékin, elle se décide pour ce pays qu’elle qualifie toutefois de machiste et qui méprise les femmes en raison de sa politique nataliste. Assez facilement, son choix se porte sur une université pékinoise en particulier,  comme étudiante en mandarin. Elle passe ensuite les examens médicaux exigés  et obtient un visa étudiant  pour une année.

Son idée de départ  semble aller de soi : observer l’art sur place. Elle achète dès lors un billet aller-simple et se voit autoriser  30 kilos de bagages. Le départ est fixé au 27 août 2009.

Objectif : Pékin.

Dans un premier temps, l’auteur découvre l’organisation des rues, des avenues. Tout se révèle être si différent de Paris, parfois  si compliqué aussi. Ainsi, à peine ses valises déposées, elle doit se déclarer auprès de la police locale.

Et l’aventure commence !

Tous les sens en éveil. Et comme parachutée dans un nouveau monde. Elle prend des notes sur des scènes de la vie quotidienne. Tous ces  aspects. C’est parfois cocasse, souvent surprenant. On sourit, on imagine. C’est le mois d’août. Il fait très chaud. La nuit, elle est d’abord attaquée par des dizaines de moustiques.

En contact avec les étudiants pékinois. Elle décrit les cantines comme sales. Alors, ses yeux fouillent et décrivent les locaux académiques, puis déjà une première différence flagrante, comme une discrimination : les chambres destinées aux Chinois et non Chinois.  Ainsi, les chambres d’étudiants locaux ressemblent à des cellules, très dépouillées, avec un nombre de mètres carrés très limités. Très peu de mobilier.

Elle fait la connaissance d’étudiants  et elle décrit  leurs activités ainsi que leurs horaires,  leurs habitudes sportives. Puis, plus aventurière, elle se lance à la rencontre de la rue et du monde qui y vit, se déplace. Des dizaines de questions, de comparaisons l’étreignent, la tenaillent.


Mais qui sont-ils ces Pékinois. A quoi pensent-ils exactement ? Comment vivent-ils ?

Son voyage semble même transformer cette sociologue dans l’âme et de cœur en apprentie-ethnologue. A Pékin : on se lève tôt, on se couche tôt, car on bosse très dur.

Homme et femmes travaillent de 10h à 14h par jour et 7 jours sur 7. Ce n’est pas une société de loisirs à l’évidence. Chaque  service exécute une seule tâche : c’est encore le taylorisme en plein. Et la richesse de chacun se lit et se décrypte en fonction de sa peau, de ses vêtements.

Et puis, comme un test, comme une première étape à franchir pour se faire accepter par cette masse, les étrangers quant à eux  sont interrogés sans détour  sur leur état de santé dans les premiers mois de leur arrivée.

De même, ne vous étonnez pas si vous êtes abordés et accostés facilement par les Pékinois dans un anglais souvent très lacunaire. Ils souhaitent simplement améliorer leurs connaissances et leur bagage linguistique avec vous, en tous lieux, en toutes circonstances.  Règle qui semble d’application : l’étranger est catégorisé quasi automatiquement comme anglophone et comme un tiroir caisse bien pourvu.

Et le voyage se poursuit. Et les questions succèdent aux interrogations.

Mais quel est le sens de l’expression « pays du milieu » ?

En effet,  on ne dit pas « oui » ou « non » en chinois. Mais, selon les recherches de l’auteur, on reste comme en équilibre,  dans une zone qui est une position de liberté selon la zen  attitude.  Celle-ci  permet de se tourner, aller au « non » et revenir, aller au « oui » et y revenir  à souhait. Cette langue permet la parole souple.

Mais comment appréhendent  tous ces gens  la vie ?

Ils semblent souvent obstinés. Serait-ce  leur  seule manière de remettre en cause les conditions de vie et travail difficiles ? Alors, on fait les choses mal ou à moitié dès que permis.  Une façon bien personnelle de faire de l’opposition. Et d’une façon générale, on ne peut parler de paresse, mais on a envie de vous aider, mais on se sait pas vraiment comment faire ou on n’a pas les outils adéquats.

Mais que pensent tous ces gens de la vie ?

Selon Kaliopi Papadopoulos, ce pays gigantesque est resté orphelin de pensée, de penseurs ;  la conséquence directe de l’élimination des élites de 1966 à 1976. Donc l’idée de « culture générale » même n’existerait pas.

Mais comment vivent tous ces gens ?

L’espace  public est clairement perçu comme pouvant faire l’objet d’une utilisation très communautaire ainsi des personnes âgées s’adonnent quotidiennement à leur gymnastique du matin dans les parcs publics. Pas de séparation entre espace public et  espace  privé. Juste pour permettre une forme de contrôle social.

Chine, pays du quantitatif : la taille des lieux, la masse des personnes et des objets semblent exercer une pression sur  tout, physiquement, symboliquement. Oubliez l’individu et le singulier.

Son carnet à la main et l’esprit toujours aussi affuté, nous ouvrons les yeux à ce monde insolite et si différent, nous voyageons avec elle.

Et  la nourriture ? C’est comment ?

L’auteur a eu la bonne idée de faire appel à des vendeurs ambulants de plats ou à une cuisinière pour mieux découvrir les secrets locaux : un mélange de cinq  sauces à base de soja ou d’huile de sésame constitue la base de la cuisine chinoise. Et pas d’huile d’olive.

Et les frites ? Oui, ils connaissent les frites, dans les restos … japonais ou accompagnées… de riz. La logique semble respectée;  le riz est leur pain.

Et les boissons ? Il est habituel de boire l’eau de cuisson. Et ne vous attendez pas à trouver du café dans les magasins, non rien que du soluble.

Toujours au rayon déceptions: pas de fromage ou de vin chinois. Le prix de la baguette est à 12 yuans, comme à Paris (qui se prononce Bali) sinon il vous restera des tranches molles, des toasts à … l’américaine. Détail original : pour manger une pizza, ne vous étonnez pas si le serveur vous apporte une cuillère et une fourchette.

Au bout de trois mois, notre aventurière en herbe commence à reconnaître une série d’idéogrammes et de nous livrer des informations utiles pour le routard ou ceux qui souhaiteraient suivre son exemple.

Oui, on peut arriver à survivre avec 500 euro par mois tout compris avec logement dans les environs du Palais d’été et des lacs adorés par l’impératrice Tseu Hi.

Autant vous y préparer tout de suite : les matelas se révèlent  être très peu épais ; notre héroïne a dû placer cinq matelas l’un sur l’autre (au dessus du matelas en bois) pour arriver à passer des nuits très moyennes.

Un matelas Ikéa coûte: 250 euros. Détail important à savoir vu le peu de confort local.

Mais surtout n’oubliez pas « chabuduo »  c.à.d. « à peu près », un maître mot à Pékin. Et cette notion  domine et concerne  la quasi-totalité des situations et des produits . Rien n’est bien ou mal, tout est  « chabuduo ».

Le principe doit être accepté à tout bout de champ. Par exemple, le fer à repasser chauffe les vêtements sans les repasser ; le grille-pain chauffe le pain, mais ne les grille pas.

D’autres détails amusants ?

Très bien, prenez des notes cela peut servir.

Primo, pour les coiffures, il n’y a pas  de coupe en dégradé, juste deux longueurs possibles et à respecter  pour tous les cheveux. Vous aurez donc  soit les cheveux courts  ou longs. Pas question de porter les cheveux détachés, à part les coiffeuses. Tenue de travail oblige  : on porte les cheveux en natte ou chignon. Les cordonniers sont encore  ambulants.

Le niveau zéro n’existe pas ; Le rez-de-chaussée est déjà le premier étage.

Dans  Bescherelle, le troisième  verbe après  « être » et « avoir », c’est  « aimer », mais  parler « amour » en Chine est totalement  hors de propos. ll n’y a pas de volets aux fenêtres ; signe d’une méfiance vis-à- vis de  l’intimité. Cracher est très commun ; cela a été interdit lors des jeux olympiques de 2008.

ll y a un tarif pour les citoyens chinois et les citoyens du monde, bref discriminations tarifaires évidentes. La mode actuelle assez bizarrement  est de se donner des prénoms occidentaux comme par exemple : Peter et Liza.

Et la société chinoise pour une sociologue française, finalement c’est comment ?

Une société rurale avec  ses contraintes typiques.  Au marché : vous n’aurez aucune difficulté à trouver fruits et légumes de saison.  La même règle est d’application pour les produits manufacturés. Bref, n’essayer pas d’acheter un bonnet de laine en été.

Et la mode ?

L’été les femmes s’habillent en … noir. A la plage, elles ne s’exposent pas ; elles doivent  garder une peau intacte et préservée. Il s’agit d’un critère de beauté très strict. Elles restent donc sous un parapluie ou dans des mini-tentes.

Les chaussures sont très inconfortables et leur design est réduit au minimum, ou alors, c’est du plastique. Le travail du cuir ne semble, en effet,  pas être une activité très familière pour les Chinois.

Quelques prix, juste pour comparer.

Une femme de ménage est de ?  2 euros  15 à 20 yuans de l’heure. La course en taxi ne coûte pas cher 15km pour 17 euros. Le salaire mensuel d’une vendeuse à Pékin ?  230 euros.

Après un an, Kaliopi Papadopoulos comprenait le mandarin élémentaire et tirait les leçons de son séjour. Vous l’aviez compris,  « Chroniques Pékinoises » n’est pas un roman. Mais un récit autobiographique d’«aventures » en Chine  avec des constats, des comparaisons, une analyse à chaud face au choc culturel.

Le livre est divisé en jours et mois. Comme un journal intime. Les commentaires sont extrêmement personnels. C’est tout à fait dans la lignée de ce qui se fait. Presque une continuité de facebook. Ainsi, on partage la vie personnelle, les expériences de l’auteur  pendant une année. Et cela peut s’adresser également aux personnes qui souhaitent résider quelques mois en Chine et sont désireuses de bien comprendre la mentalité des habitants de Pékin avant de boucler leurs valises.

C’est paru chez « la Société des écrivains »  pour un prix de 14 €.

 

Présentation & Rédaction : David ROBERT

Sources des images

http://a396.idata.over-blog.com/344×500/1/10/54/32/MES-LIVRES/SUITE-3/CHRONIQUES-PEKINOISES.jpg

http://www.lefigaro.fr/medias/2011/02/28/9fdf2168-4372-11e0-aab5-72bd9d8545f6.jpg

http://a392.idata.over-blog.com/450×301/4/46/92/52/foule-en-chine.jpg

http://www.grandfrais.com/charte/images/produit/grand-frais-bol-de-riz.jpg

http://www.asie-shopping.com/upload/images/ombrelle-chinoise.jpg